Julie De Pierrepont

Mon questionnement artistique est profondément identitaire et s’appuie sur la notion d’errance. 

D’origine coréenne, j’ai été adoptée dans les années 80 et j’ai grandi en France dans une famille traditionnelle et rurale. 

Mon geste artistique de broderie est lié à un savoir-faire aussi bien culturel que de l’ordre du matrimoine car il a été initié par ma grand-mère d’adoption. C’est un geste de femme traditionnellement, qui s’inscrit dans une double culture et dans une double identité que je questionne au quotidien. Actuellement je me forme à la technique du nœud coréen : Le meadup, un nœud qui se termine toujours là où il a commencé, renvoyant à une véritable philosophie de vie, coréenne et asiatique. C’est une manière pour moi de nouer des liens avec ma culture fantôme.

Les formes que je fais éclore sont comme des protubérances, des organismes vivants voire des tumeurs qui se multiplient, qui prolifèrent, qui contaminent jusqu’à coloniser des surfaces et des espaces. Elles deviennent parfois des cartographies ou des totems qui se déploient à la verticale ou à l’horizontal.

J’utilise la broderie non comme un ornement mais comme une réelle écriture :  elle vient combler, consoler, consolider des manques à la manière de “doudous” ayant une présence réconfortante. 

Ce que je cherche à activer dans ma recherche artistique c’est une réflexion sur la culture que je n’ai pas eue mais que j’aurais dû avoir. C’est aussi une envie paradoxale d’allégement tandis que les formes naissent et s’imposent dans ma vie artistique.