Un angle • Deux vues
Sarah Fouquet
Du 08 Août au 13 Septembre 2025

Un angle • Deux vues 

Sarah Fouquet sait faire parler les nuits et la lumière. C’est comme si les structures qu’elle représentait n’étaient que des prétextes aux contrastes et aux brillances. Peu importe où elle se trouve et qu’importe ce qu’elle dessinera, toujours elle tentera de faire surgir les clartés. 

Dans l’exposition Un angle • Deux vues, qui révèle en un seul titre la facétie douce de l’artiste, on voyage beaucoup : des cinémas états-uniens aux fêtes foraines normandes, des serres aux cloîtres, du vert au bleu, de l’obscurité jusqu’à l’éblouissement et d’un angle à l’autre de la galerie, utilisée comme un décor de pièce de théâtre. 

Avant l’image montrée et exposée d’ailleurs, Sarah Fouquet en crée une foule d’autres, qui n’existent d’abord que de son esprit, jusqu’à ce que, à force d’étirement, d’élongation, de recomposition, elle lui trouve une saveur parfaite. Dans ses récents travaux, on devine une place plus importante laissée aux éléments ; on voit désormais apparaître chez elle le bois, le verre et la pierre qui s’affirment. Ce qui compte, c’est le travail de la matière, ce qui demeure depuis l’origine. Bien plus que des sujets définis, Sarah Fouquet dessine en réalité des espaces de beauté à partager. Celle qui dit ne pas intellectualiser son travail veut offrir aux regards une simple contemplation, comme une forme de résistance à un monde qui s’acharne à tout vouloir conceptualiser. 

Auparavant, ses dessins étaient remplis de couleurs. Il y a aujourd’hui dans son trait une sorte de défi, et l’envie de voir de la pureté advenir et sortir du pinceau. Le noir et blanc se transforme en la seule réponse possible à la représentation de la saturation de la lumière et le choix d’une unique couleur, dégradée, vient poser la question même du geste créateur : à quel point l’image nous ment-elle? Ce que nous regardons est-il la représentation fidèle d’une réalité ou chaque œuvre dessinée est-elle en soi un monde revu par chaque artiste? 

Elle ne voudra peut-être pas l’admettre, mais, il y a bien un propos parlant dans ses œuvres, qui, sans être bavardes, portent joliment leur voix. De ces décors de villes ou d’architectures solitaires à la manière des vides habités de Vilhelm Hammershøi, de ces maisons qui, isolées de leurs contextes, ressemblent à des plans de Wes Anderson ou encore de cette nouvelle obsession du bleu et des formes qui se répètent comme dans le travail de Sam Szafran, il existe bien une forme inénarrable de mélancolie dans les éléments qu’elle assemble. Et de l’importance chez elle de faire autre chose pour toujours mieux revenir au dessin, afin, aussi, de ne pas tomber dans la tristesse des choses faussement muettes. La nostalgie, inhérente à l’image, est pourtant et souvent surpassée par la tendresse des souvenirs et par l’imagination. Dans ses travaux, Sarah Fouquet ouvre des portes. Il ne tient qu’à nous d’y retrouver les couleurs de nos propres impressions ou d’y ajouter une nouvelle interprétation. De créer, dans ses obscurités, des teintes qui nous appartiennent et dans ses lueurs, d’apposer le sceau de nos émotions singulières. 

Laure Saffroy-Lepesqueur